Gestes barrière et précautions

La locution nominale geste barrière entrera-t-elle aussi dans le Petit Larousse ? S'étendra-t-elle à d'autres domaines que celui de la prophylaxie ? Peut-être verra-t-on surgir un jour l'énoncé "gestes-barrières"  sous la forme d'un nom composé bien ancré dans la langue et qui désignera tout geste à faire pour se garantir de tout autre danger. Qui sait ce que l'avenir nous réserve ?


La notion de mesures barrière, et donc de comportements,  barrière,  est née en 2002 lors de l'apparition de l'épidémie de grippe aviaire. C'est probablement parce que la langue s'use, s'affaiblit qu'il nous faut recourir à des créations de syntagmes. Pour mieux marquer les esprits. Pour être plus efficace dans la communication et obtenir les résultats qu'on en espère.


Parce qu'enfin, nous disposons d'un mot tout à fait adéquat pour exprimer l'idée d'une mesure prise afin d'écarter tout danger : celui de précaution  : disposition prise pour éviter un mal ou en atténuer l'effet. Tellement approprié que le TLF en relève l'usage dans le domaine médical le définissant comme " ensemble de mesures thérapeutiques, mesure particulière que l'on prend pour prévenir une maladie" et en donnant pour synonymes "prévention, prophylaxie".
Soyons juste, le mot précaution évoque plus, en ce temps de guerre contre le Corona, un état de veille. Son étymologie  (praecavere) renvoie à cette idée de vigilance (cave canem !), à une nécessité de rester sur ses gardes, de se garantir contre... Comment ? En dressant justement un rempart infranchissable, ce que la locution (ne parlons pas encore de nom composé)  geste barrière marque davantage.


Avec ce mot de barrière, nous ne sommes plus seulement en alerte, nous passons à l'action : il s'agit de dresser un obstacle, le plus infranchissable possible, entre nous et l'ennemi. Nous en sommes les principaux acteurs, une barrière se construit ; elle n'existe naturellement que parce que le sens du mot s'est élargi à "tout ce qui peut s'interposer entre deux choses". Mais à l'origine elle requiert du courage, de la force, de la volonté.  
Pour vérifier la bonne exécution de ces gestes qui autoriseront une relative liberté de circulation après le 11 mai , il y aurait, dit-on, des vigiles, qui seraient baptisés, si j'ai bien compris, anges gardiens. Pas vraiment à tête d'ange, puisqu'ils pourraient brandir le glaive de la loi et frapper les contrevenants d'une forte amende. Mais après tout, St Michel a bien terrassé le dragon à l'aide de son glaive. Et c'est en essuyant un glaive ensanglanté qu'un ange aurait mis fin à la peste qui sévit à Rome en 590. Méfions-nous cependant, c'est un  ange qui, d'après la Bible, auraient répandu en un autre temps cette même peste parmi l'armée assyrienne qui assiégeait Jérusalem !
Je dois dire que le mot ne me semble cependant pas très bien choisi. Trop angélique, justement, ou trop exterminateur. Pourquoi ne pas rester dans le même lexique et parler tout simplement de "gardes-barrières" ? Après tout cela ressusciterait un métier qui aujourd'hui a complètement disparu !


Trêve de fantaisie. Revenons-en à précaution ou barrière, qu'importe lequel ! L'essentiel n'est-il pas de se souvenir que 5 précautions valent mieux qu'une et au-delà de cela, faire nôtre cette pensée de Novalis, poète et romancier allemand, extraite de Foi et amour :
"L'homme qu'anime l'esprit n'achoppe pas devant les barrières et les différences ; elles le stimulent plutôt. Seul l'homme dénué d'âme en sent le poids et l'entrave."

 

Isamatelote

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